"Entrez dans sa lutte des convenances."

Chronique sur l’artiste plasticienne, photographe, dessinatrice Aurélie Dubois qui face au monde de la sexualité se pose en artiste de garde, en veille entre la sexualité sublime, le commerce, les convenances assassines. Des œuvres non consensuelles sur multisupports.

Aurélie Dubois, artiste plasticienne, engendre des œuvres créations-créatures. Son monde m’intéresse en terme de sujets abordés. Non en terme d’esthétisme, les traits sont faciles, simples, directs. Ils ne me transcendent pas. Si ce n’est des photographies, des travaux et des montages très denses, belles et intrusives. Des lavis érotiques, biologiques, émouvants. Mais l’art n’a pas à être beau, bon, à plaire, à être du commerce. Il est un observatoire du monde… Un don à recevoir, dans lequel nous piochons, pour penser. Subjectivité ouverte dans les œuvres d’Aurélie.

L’artiste aborde le monde illimité de la sexualité, de l’érotisme. Elle l’aborde crûment, sans détour. Elle se met à poil dans son désir de surveiller et veiller sur un thème si visible et si confidentiel. J’aime cela. Dans chaque dessin, photo, Aurélie dévoile le tout dit et le tout cacher. Elle fige des temps éphémères de l‘intime érotique, de la violence, du sexuel tué, des fantasmes. Cette sexualité qui peut rendre objet le désir, la sexualité déviée, le porno business. Entre ces temps, à nous de créer la sexualité qui manque, qui nous plaît. Pour ma part, beauté et porno sont des possibles quand nous le partageons avec amour. Également, Aurélie Dubois livre une vérité avec conviction : la sexualité n’a pas de sexe, n’a pas de genre. Corps mutants, phalliques, ambiguës. Choc. Positionnement radical.

Enfin, dernier sujet touchant. Son œuvre livre une obsession du corps biologique : de ce sexe qui reproduit, qui donne vie et mort, qui baise, pue, le « ça » pulsionnel. Ce fichu corps en puissance de néant. Une difficulté à supporter cette chair aux viscères mortelles, organes incompréhensibles, qui nous tiennent mais détiennent à chaque instant notre Fin. Elle dessine la pulsion de vie, de ce trou où naît la vie, ce trou-vagin, ce trou-sexuel… et ce trou qui mène au trou final. C’est émouvant, effrayant, juste lucide. Superbe.

La radicale artiste Aurélie Dubois est à rencontrer. (...) Entrez dans sa lutte des convenances.

Joe SR

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